Maison de Pierre Loti

LA MAISON

PIERRE

LOTI

La maison

Ecrivain voyageur, officier de marine, Pierre Loti tente désespérément de retenir le temps qui passe au sein de sa maison comme dans ses ouvrages, en recréant les paysages visités, les émotions ressenties.

En 1969, la Ville de Rochefort achète à son fils Samuel la maison, qui devient musée municipal en 1973.

Elle est aujourd’hui classée Monument Historique, labellisée Musée de France et Maison des Illustres.

Le décor

Pour se souvenir et pour rêver

Hanté par l’angoisse de la mort, l’écrivain s’attache aux objets, collectionne de petits riens et de grandes œuvres avec un égal amour. Ce n’est pas tant la valeur intrinsèque des choses qui l’intéresse que leur puissance évocatrice, la charge émotionnelle qu’elles suscitent lorsque son regard les effleure. C’est ainsi que la Salle renaissance, la Salle gothique, la Mosquée, le Salon truc et la Chambre arabe nous transportent dans les mondes magiques et exotiques du Moyen-Âge et de l’Orient, revus à travers l’imaginaire de l’écrivain voyageur. 

Pierre Loti entreprend les grandes transformations de sa maison familiale après ses premiers grands succès littéraires, à partir de 1880.

À l'image de Loti

Les décors de la maison, réalisés entre la fin des années 1870 et le début du XXe siècle, reflètent la complexité de Loti. Le jeune Julien Viaud montre ainsi un intérêt précoce pour la collection compulsive, notamment d’objets exotiques, la décoration et le merveilleux. Un autre aspect important est sa crainte de la mort, qui éclaire la façon ludique dont Loti appréhende la vie, son penchant pour le déguisement, le jeu théâtral, voire la farce.

La volonté d’arrêter le temps explique son attrait pour les décors exotiques, lieux où le passé heureux peut se revivre. Son environnement doit ainsi lui offrir une mise en scène quasi-permanente de sa propre existence. Enfin, il est animé d’un profond désir de revanche sociale, certainement lié à l’affaire de détournement de fonds dont son père est accusé (puis acquitté) en 1866.

Loti s’efforcera d’effacer le souvenir de cette infamie en se hissant avec détermination dans l’échelle sociale. Le faste de certains décors témoigne ainsi de son confort financier, comme ses amitiés avec les membres de la haute société attestent de son accession au « grand monde ».

Chronologie

Fin XVIIe-Début XVIIIe : Construction de la maison (alors rue Saint Pierre)

1802 : Acquisition de la maison par le grand-père maternel de Loti

1840 : La maison est surélevée d’un étage

1871 : Loti rachète la maison à sa mère

1877 : Aménagement de la première pièce orientale (futur salon turc)

1885 : Transformation du salon familial, qui devient le Salon rouge

1886 : Création de la Chambre aux abeilles et de la Pagode japonaise

1887 : Création de la Salle gothique

1895 : Achat de la maison mitoyenne n° 139 de la rue Chanzy

1896 : Installation de la Chambre des momies

1897 : La Mosquée, le Salon bleu et la Salle renaissance sont achevés

1897 : Achat de l’autre maison mitoyenne, n°143 rue Chanzy

1902 : Création de la Salle chinoise

1918 : La rue « Chanzy » devient « Pierre Loti »

1969 : Samuel Pierre-Loti-Viaud vend la maison à la Ville de Rochefort

1973 : Premières visites de la maison devenue musée municipal

1990 : Classement de la Maison au titre des Monuments Historiques

2002 : Labellisation Musée de France

2011 : Labellisation Maison des Illustres

Le jardin

Pierre Loti a passé une grande partie de sa vie à transformer sa maison natale rochefortaise, puis les deux autres demeures mitoyennes achetées successivement en 1895 et 1897, en un lieu théâtral où il se mettait en scène lors de fêtes mémorables.
Le jardin était pour lui un lieu tout aussi important.

Luxuriant et fantasmagorique

Les jardins étroits typiquement rochefortais de cet ensemble de maisons réunies représentent également un lieu essentiel pour Pierre Loti. Le 1er jardin-cour, berceau de son enfance, est alors peuplé d’une flore luxuriante, de chats, et de tortues… Avec l’extension, le jardin se fait en partie
« cloître » et entrée mystérieuse de la salle chinoise… On y trouve également une stèle familiale empruntée au cimetière de Rochefort, une gargouille décalée, mais surtout, un précieux bassin réalisé pour le jeune Julien Viaud par son frère Gustave.

Le jardin, classé Monument Historique en 1990, est aujourd’hui relativement dénaturé. A la réouverture du site, il sera accessible et aura retrouvé son aspect au temps de Pierre Loti.

Les collections

Officier de marine et écrivain, Loti reste l’une des figures marquantes de l’exotisme littéraire, entre 1880 et 1914. Ce goût pour les ailleurs est à l’origine des décors de sa maison natale.

Aménagée dans le bureau de son frère Gustave, la chambre océanienne est la plus ancienne des installations de Loti. Il transpose ici sa cabine sur la Flore, navire à bord duquel il navigue dans le Pacifique en 1872. En 1877, il s’empare de la chambre de sa tante Berthe et réalise un salon turc. Ce premier ensemble orientalisant sera suivi, en 1884, de la chambre arabe. En 1885, il transforme le vieux salon familial en salon rouge, dont le décor profus est pour lui un signe d’opulence. Ce même principe d’entassement vaut pour la pagode japonaise, aménagée en 1886 dans l’ancienne salle à manger, fruit d’acquisitions réalisées surtout à Nagasaki. La salle gothique constitue la première réalisation architecturale de grande ampleur. Si l’on excepte cette salle, ces premiers décors relèvent souvent en effet d’une mise en œuvre qu’on pourrait qualifier de bricolage. Une deuxième période s’ouvre dès 1889, avec le réaménagement du salon turc qui s’étend sur cinq ans. Après l’acquisition de la maison mitoyenne en 1895, Loti peut, parce qu’il en a désormais les moyens, donner libre cours à sa frénésie décoratrice. De 1896 à 1897, un grand chantier bouleverse la conception précédente. Si le rez-de-chaussée devient un très conventionnel salon bleu au mobilier Louis XVI destiné à son épouse Blanche, l’essentiel du bâtiment est transformé. A l’arrière, une très grande salle renaissance est créée. Elle s’élève sur deux niveaux, avec une tribune. En même temps, au mépris des règles élémentaires de l’architecture, Loti fait édifier, comme suspendue au dessus de la salle renaissance, ce qui demeure le chef d’œuvre de son palais : la mosquée. Près de cette pièce, une sorte de couloir aménagé en bibliothèque est baptisé chambre des momies en raison des collections égyptiennes qu’il abrite. La dernière réalisation de Loti est la salle chinoise qui fait suite au voyage en Chine et au séjour à Pékin, en 1900.

L'attachement à des lieux, à des arbres, à des murs, peut prendre chez quelques-uns ... une extrême puissance.

Le Matelot (1893)
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